Comment souder un collectif de talents et assurer sa réussite - Retour sur le bootcamp d'intégration de la promotion 2 des entrepreneurs d'intérêt général

Du 5 au 9 février derniers, l’équipe du programme Entrepreneur·e d’Intérêt Général a réuni les 28 membres de la promotion 2 lors d’un bootcamp d’intégration. L’objectif : leur donner l’élan et les outils nécessaires pour réussir en 10 mois les 13 défis ambitieux qu’ils ont choisis. Retour sur la conception de cette semaine et ce qui en est ressorti.

Comment souder un collectif de talents et assurer sa réussite

Retour sur le bootcamp d’intégration de la promotion 2 des entrepreneurs d’intérêt général

Les EIG de la promotion 2 posent tous ensemble, souriants, devant un mur-ardoise recouvert de mots et de dessins. Un homme grand et brun, est assis au centre et tient un ordinateur qui affiche les mots EIG2. La promotion 2 des EIG au Liberté Living Lab, qui accompagne la promotion aux côtés d’Etalab et accueille les EIG en tant que résidents-nomades. (© Liberté Living Lab)

Lundi 5 février 2018, 9h : début de la semaine de bootcamp, pendant laquelle les entrepreneurs s’absentent des administrations d’accueil qu’ils ont intégrées le 15 janvier, pour se retrouver en promotion pour la première fois. Au programme : une semaine entière en collectif, orchestrée par l’équipe Etalab en charge de coordonner le programme.

Les EIG disposent de 10 mois pour réussir les défis de transformation numérique qui leur ont été lancés. Ainsi, il nous semblait important de mettre en place, dès le départ, les conditions indispensables à leur succès, à travers une semaine d’embarquement accélérée.

L’objectif de cette semaine était donc double :

Donner aux EIG les clés pour s’intégrer à leur administration

“On a passé une semaine à savoir où on était dans l’organigramme de notre ministère”, confient deux EIG le premier jour du bootcamp.

Construire un projet de transformation numérique de l’État implique de comprendre les codes parfois complexes de l’administration. Il est facile de se perdre dans le labyrinthe des services, des parties prenantes et des acronymes. Afin que les EIG développent des outils pérennes et adaptés, nous souhaitions les aider à s’orienter le plus rapidement possible dans leur administration d’accueil, à comprendre les cycles de décision, et à apprendre de l’écosystème “numérique et État” déjà en place.

Il était également important de les sensibiliser aux valeurs d’intérêt général portées par le service public : redevabilité, transparence, continuité, etc.

Trois personnes sont debout devant un tableau. L'une d'entre elles, une femme, pointe une phrase sur le tableau pendant que les deux autres regardent, concentrés. Mathilde Bras, cheffe de projet EIG, anime un atelier “cartographie des parties prenantes et définition de projet” avec Antoine Augusti et Elsa Lunéville, EIG du défi Prédisauvetage à la Direction des affaires maritimes.

Construire un collectif, permettre le partage d’expériences et l’échange de compétences

L’interdisciplinarité de la promotion 2 est une force, mais aussi un défi. La casquette “numérique” des EIG ne les empêche pas d’avoir des parcours et des compétences très différents. Un data scientist ne fait pas le même métier qu’un développeur ou qu’un designer UX.

L’interdisciplinarité offre donc l’opportunité d’échanger des compétences, mais implique de s’assurer que tous les membres de la promotion disposent d’un socle d’outils et de connaissances communes pour communiquer et collaborer. Par exemple, de nombreux outils sont centralisés sur Github : faire une pull request n’est pas évident pour des personnes n’ayant jamais travaillé dans le milieu du développement !

De nombreuses personnes s'activent autour d'un tableau blanc recouvert de mots et de dessins. Atelier collaboratif inspiré de l’outil la bulloterie. Les EIG écrivent, sous forme de bulles, les compétences qu’ils veulent acquérir et partager tout au long de l’année. La bulloterie est un projet en CC-by-nc-sa créé par Sébastien Kurt, à destination de collectifs et d’association. La documentation complète est disponible sur le wiki du projet.

Forte de ces deux problématiques, l’équipe Etalab a conçu un bootcamp de 5 jours autour de trois mots d’ordre.

Créer des liens au sein de l’écosystème “numérique d’intérêt général”

Pendant une semaine, les EIG sont allés à la rencontre de multiples acteurs impliqués à plusieurs niveaux dans le numérique et l’État : l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des services d’information), la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), la Cour des comptes, Etalab, des membres de la société civile comme Paul Duan (fondateur de Bayes Impact et de Bob Emploi)… Plusieurs EIG de la première promotion sont également intervenus pour faire part à leurs successeurs de leur expérience dans les administrations et de leurs conseils.

A la fin de la semaine, les EIG ont également bénéficié des conseils et encouragements de Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État au numérique, et d’Henri Verdier, directeur de la DINSIC (Direction interministérielle du système de communication et d’information de l’Etat).

Un homme parle dans un micro pendant que d'autres personnes l'écoutent. Adnène Trojette, Secrétaire général adjoint de la Cour des comptes, échange avec les EIG autour de l’histoire de la Cour, ses actions et son rôle de contrôle.

Ces rencontres ont permis aux EIG de créer des premiers liens entre leurs défis et des initiatives existantes. Ils ont pu mieux identifier les interlocuteurs et ressources avec lesquels ils seront amenés à interagir.

Deux hommes présentent devant un écran blanc où est projetée une présentation qui affiche "Atelier CNIL - EIG. Données personnelles, les enjeux du RGPD." Régis Chatellier et Olivier Desbey du LINC, le laboratoire d’innovation numérique de la CNIL, présentent aux EIG les enjeux du Règlement général sur la protection des données.

Un homme présente dans une salle de réunion organisée en U, devant une présentation où l'on peut lire "data.gouv.fr" Alexandre Bulté, développeur au sein d’Etalab, présente la plateforme data.gouv.fr.

Co-construire et produire

À l’image de ce que les EIG auront à réaliser dans leurs administrations d’accueil, nous avons volontairement laissé de l’espace aux EIG pendant la semaine pour qu’ils puissent contribuer au programme du bootcamp : formats d’atelier “apprentissage en pair-à-pair”, sessions ouvertes, etc. Le but : éviter les formats descendants et s’appuyer sur les compétences et les envies de la promotion.

Une femme et un homme travaillent et discutent côte à côte, devant un mur couvert de dessins et de mots. Laurie Chapotte et Ned Baldessin, EIG du défi “Gobelins” au Ministère de la Culture, pendant une session de travail auto-organisée.

Photo représentant une dizaine de personnes, qui font des activités en petits groupes : discuter, écrire sur des posts-its, écrire sur un tableau. Atelier de co-construction du programme d’accompagnement bimensuel, avec le Liberté Living Lab. Beaucoup de concentration et de post-its ! (© Tiphaine Phe-Neau)

Apprendre à se connaître

L’une des forces du programme EIG est de réunir des talents divers, travaillant sur des défis variés dans des ministères différents.

Afin de créer un collectif soudé et d’encourager la collaboration “interministérielle”, nous avons pris soin d’organiser des temps formels et informels pour apprendre à se connaître et à travailler ensemble, identifier des passions communes, et favoriser le partage de compétences. Cela était d’autant plus important que deux des défis se déroulent hors de Paris, rendant les temps de rencontre plus difficiles à organiser.

D’après les retours que nous avons reçus des EIG, apprendre à connaître les autres membres de la promotion et découvrir les défis des uns et des autres leur ont beaucoup apporté. Cela leur a notamment permis d’identifier des problématiques communes entre défis.

Quatre personnes sont assises et discutent, penchées autour d'un écran d'ordinateur Elise Lalique (Social Connect) et Laurie Chapotte (Gobelins), toutes deux designers, conseillent Victor Schmidt (Hopkins) sur le design UX (“expérience utilisateur”) d’un de ses projets de développement.

Résultats et enseignements

Que ressort-il de cette semaine ? Aux dires des EIG, beaucoup d’entraide, de curiosité, de bienveillance, et une grande envie d’apprendre et de participer à la transformation de l’administration publique.

Comme le résume un EIG : “J’ai terminé la semaine vraiment porté par un élan, avec le sentiment que nous allons bâtir des choses utiles, réelles, durables, pour l’intérêt général, et que nous sommes soutenus par tout un écosystème de personnes et d’institutions qui veulent faire avancer les choses.”

Gros plan sur trois personnes qui discutent et rient. © Liberté Living Lab

Les EIG ont beaucoup apprécié les formats interactifs des ateliers. Nous avons également pu confirmer qu’il était important de créer des opportunités d’interaction et de collaboration entre les 28 EIG et avec leurs mentors, qui sont amenés à travailler dans des administrations différentes au quotidien.

Plan d'ensemble d'une quarantaine de personnes autour d'une table, dans une salle de réunion agrémentée de dorures. Vendredi matin : les mentors retrouvent leurs EIG au siège du Secrétariat général pour l’investissement pour restituer leurs expériences de la semaine et discuter des attentes et besoins de chacun.

Un point à renforcer pour un prochain bootcamp : davantage impliquer les mentors des administrations d’accueil, qui n’étaient présents que lors d’une demi-journée. Afin qu’eux aussi puissent échanger leurs expériences et compétences, nous avons organisé le 22 février un “mini-bootcamp spécial mentors” d’une demi-journée.

Nous intégrerons également tous ces enseignements aux sessions bimensuelles d’accompagnement organisées par Etalab et l’équipe du Liberté Living Lab. Dans tous les cas, ces cinq jours augurent de 10 mois très enrichissants, pour les EIG comme pour les administrations !

Une trentaine de personnes posent, debout sur les marches d'un escalier. Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État au numérique, et Henri Verdier, directeur de la DINSIC, entourés de la promotion EIG 2.

Nous souhaitons remercier tous les intervenants qui ont contribué au succès de cette semaine, et les lieux qui nous ont accueillis : le Liberté Living Lab, Paul Duan, David Tortel de l’ANSSI, les membres du laboratoire LINC de la CNIL, les membres de la promotion EIG1, Maud Choquet (juriste à Etalab), Alexandre Bulté (développeur data.gouv à Etalab), Alexandre de Pablo (développeur API entreprise à Etalab), Mauko Quiroga (product owner d’Open Fisca à Etalab), le Bercy Lab, le Secrétariat d’Etat en charge du numérique, le Secrétariat général pour l’investissement, et la Cour des comptes.

Nous publierons régulièrement des nouvelles sur les EIG sur le blog d’Etalab et sur celui des EIG : leurs réalisations techniques, les temps forts de la promotion, l’avancée des défis… Pour rester informé, n’hésitez pas à vous abonner au flux RSS du blog EIG.

Le programme EIG s’engage à mettre autant que possible en open source les outils développés dans le cadre du programme. Le code est disponible sur le github du programme.

Soizic Pénicaud, équipe EIG