Open source et open data : quels impacts pour les défis des entrepreneurs d'intérêt général ?

12 avril 2019 / de Sophie Milkjovic, équipe EIG

Le jeudi 14 mars, les entrepreneurs d’intérêt général (EIG) se sont retrouvés pour leur première session d’accompagnement collectif autour du thème de l’ouverture des codes source – open source - et des données – open data. Cette ouverture est une valeur et une obligation légale que porte le programme et que les administrations d’accueil aussi bien que les EIG s’engagent à respecter. C’est aussi un sujet sur lequel l’équipe de coordination, aidée par Etalab, s’engage à les accompagner.

L’objectif de cette première session d’accompagnement était donc de faire remonter les questions et les demandes d’aide sur l’open source et l’open data. Ce que cela nous a appris ? Mettre l’ouverture au cœur d’un projet numérique a des impacts non seulement sur la façon dont on travaille, mais aussi sur la façon dont les administrations fonctionnent.

Pourquoi parle-t-on de l’open source et de l’open data maintenant ?

La loi pour une République numérique (7 octobre 2016) a introduit l’open data par principe, soit l’ouverture spontanée des données publiques par la plupart des administrations. Elle dit clairement que les codes sources des logiciels utilisés par un organisme public sont des documents administratifs relevant du régime de l’open data et à ce titre, tout citoyen peut demander que lui soit communiqué le code source d’un logiciel commandé par l’administration. Open data, open source, même combat ! Nous avons donc abordé les deux sujets lors d’une seule et même session.

Le programme Entrepreneurs d’Intérêt Général porte cette valeur d’ouverture et cadre les défis en fonction des obligations légales que nous venons de citer. Ainsi, les défis ouvrent le code source des outils qu’ils développent et, quand ils le peuvent, les données qu’ils utilisent. L’objectif est de favoriser la mutualisation des outils, de promouvoir des logiciels souverains et d’insuffler une culture numérique nouvelle au sein des administrations. Cependant, cela implique une façon particulière de travailler. Pour que les défis puissent structurer leurs travaux en vue de les ouvrir et mettre en place des bonnes pratiques de codes, nous avons choisi d’aborder le sujet le plus tôt possible.

Antoine Augusti, EIG Link, a commencé par rappeler le cadre légal qui s’impose aux administrations en termes d’ouverture des codes source et des données. Voici le rappel en quelques slides.

Un grand rectangle bleu sur lequel se détache le titre en blanc : "présentation open source / open data Première slide de la présentation d’Antoine Augusti, à retrouver en intégralité sur le speakerdeck du programme

Qu’est-ce que ça change de coder in the open ?

Les EIG se sont ensuite répartis dans plusieurs « cliniques ». Une clinique porte sur une question particulière et est animée par un spécialiste du domaine. Les participants choisissent la clinique en fonction de leurs problèmes du moment qu’ils peuvent ainsi exposer et résoudre.

Une des cliniques portait sur les bonnes pratiques à adopter pour coder avec l’ouverture des codes source pour objectif – coder in the open. Les conseils pour coder in the open : identifier des besoins communs à d’autres administrations, lister les impacts pour les utilisateurs pressentis, les contacter en amont, répertorier les synergies potentielles, coder des briques petites et facilement réutilisables, respecter les standards, etc.

En 2018, les EIG avaient pu s’appuyer sur un document les aidant à coder in the open, toujours d’actualité pour les conseils pratiques. Plus récemment, Bastien Guerry, référent logiciels libres à la DINSIC, a proposé un guide pour aider les administrations à publier leurs codes sources, document qui complète la politique de contribution de l’État aux logiciels libres.

Quels sont les impacts pour les administrations ?

Pour les administrations, les défis EIG sont une façon de repenser « la donnée comme infrastructure essentielle». Autrement dit, penser leurs services et leur organisation autour de la circulation des données.

Un grand rectangle blance sur lequel se détachent trois carrés bleus. L'un, plus gros, plus clair et central, comporte le titre en blanc : "la donnée comme infrastructure essentielle". Un autre, en haut à gauche, plus foncé, comporte la mention "administrateur général des données. Le troisième, en bas à droite, plus foncé aussi, comporte la mention "rapport au premier ministre sur la donnée dans les administrations 2016-2017. Couverture du rapport de l’Administrateur général des données, que l’on peut lire en ligne

➢ Ouvrir les données des administrations

Pour certaines administrations, la présence d’EIG permet de s’approprier l’obligation légale de l’open data par défaut. L’année dernière, la Direction des affaires maritimes (DAM) accueillait le défi Prédisauvetage qui cherchait à prévenir les accidents en mer grâce aux données. Les EIG se sont appuyés sur les données de la sécurité maritime, puis les ont ouvertes, après avoir obtenu l’appui de leur hiérarchie. Cette année, la DAM accueille le défi CibNav qui a pour objectif de développer un outil de ciblage des navires à contrôler. Les EIG et leurs mentors ont déjà identifié des données à ouvrir et savent qu’ils peuvent s’appuyer sur l’expérience du défi Prédisauvetage pour y parvenir. Ils prévoient plusieurs étapes : dans un premier temps, faire circuler les données en interne et lister les impacts d’une ouverture, puis consolider la base, la documenter et la publier sur data.gouv.fr avec l’aval de leur hiérarchie.

➢ Choisir les bonnes licences

Dans d’autres cas, la présence d’EIG au sein d’une administration permet de rapidement poser – et répondre à – des questions sur les licences. Le défi Open Chronic de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) a pour objectif d’exploiter le système national des données de santé (SNDS). Cette base de données fait l’objet d’un projet collaboratif de documentation auquel participe la DREES. C’est un EIG d’Open Chonic qui a remarqué que la licence du dépôt n’était pas homologuée. C’est encore lui qui a pris contact avec Etalab pour trouver la licence la plus adaptée. Enfin, c’est lui qui s’occupe du suivi de la question au sein de la DREES.

Une page d'accueil de site qui titre "Documentation du SNDS" et propose d'aller au contenu. En dessous, elle présente trois rubrique : "partage de documents", "documentation collaborative" et "approfondissement" Page d’accueil du projet collaboratif pour documenter et faciliter l’utilisation du SNDS

➢ Favoriser la circulation des données

Pour certains défis, se pose la question de la circulation des données au sein de leur administration. C’est le cas du défi DataReg, porté par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). L’Arcep a développé plusieurs outils pour les citoyens, dont des cartes de la couverture mobile par différents opérateurs en France. Celles-ci donnent des informations importantes si l’on cherche à identifier l’opérateur le plus sûr dans sa zone géographique. Afin de fiabiliser les données qui y sont mises à disposition, les EIG vont automatiser la collecte des données en interne ainsi que leur mise en forme pour qu’elles soient facilement utilisables, notamment pour des outils mobiles. Ils pourront ensuite améliorer l’intégration de ces données dans les cartes.

Une page de site sur laquelle on voit une carte de la France recouverte de points rouges qui vont de denses à très denses. A gauche, une bande noire étroite, mais qui se déploie sur toute la hauteur de la page. Elle contient quatre onglets et deux petits graphiques. Le site “Mon Réseau Mobile” de l’Arcep

Dans tous les cas, la présence des entrepreneurs d’intérêt général au sein des administrations facilite la mise en œuvre de l’open data. Au-delà du respect de la loi, il s’agit pour elles d’envisager leur activité d’une manière nouvelle, d’imaginer de nouveaux outils et de nouveaux services.

N’hésitez pas à parcourir les réalisations des trois promotions d’EIG sur le github du programme !