24 septembre 2018 / de Mathilde Bras

Rétrospective - les EIG2 font le bilan. Ce qu’ils ont réussi, appris, transmis, ce qui les a surpris, ce qu’ils auraient fait autrement

Pendant 10 mois, les entrepreneurs d’intérêt général travaillent à la résolution d’un défi technique au sein d’une administration. Bien souvent, leur mission va au-delà du seul défi et s’inscrit plus généralement dans l’accompagnement à la transformation numérique de leur administration d’accueil.

Lors d’un « séminaire hors les murs » organisé à l’Hermitage, lieu d’expérimentation rural, les EIG ont fait le bilan de leurs réussites, leurs étonnements, ce qu’ils ont appris et transmis. Retour sur leurs aventures de médiateurs.

Rapport d’étonnement : il existe, dans l’administration, un véritable espace pour l’expérimentation et la prise d’initiatives, et il faut s’en saisir et l’organiser !

En arrivant dans le monde du service public, la plupart des entrepreneurs d’intérêt général ne connaissaient ni les codes de l’administration ni le fonctionnement interne des services. Travailler sur un défi précis est l’opportunité d’accélérer cet apprentissage de l’État : il faut frapper à des portes, expliquer son projet et mettre en musique des compétences différentes pour avancer rapidement.

Pour les EIG, deux frustrations principales : le cloisonnement des services et le temps de la prise de décision. Parfois, on se rend compte qu’un projet similaire est en développement dans un service voisin ou dans une autre administration. Un travail de réalignement est alors nécessaire pour faire en sorte d’avancer dans la même direction.

Ces étonnements se compensent par d’autres enseignements : il existe, dans l’administration, un véritable esprit de recherche et d’expérimentation, qui se ressent parfois dans les profils qui composent les équipes. Par exemple, à la DREES, l’équipe des EIG du Lab Santé a eu la chance de travailler avec un « médecin-statisticien-architecte », qui a pu les guider sur les aspects métiers et techniques de leur projet. Au Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, les EIG du défi dataESR ont travaillé avec un datascientist senior, fort d’une expérience au sein d’une jeune entreprise de l’économie collaborative, qui les a conseillé sur leur projet.

Pour favoriser la créativité au sein des équipes et l’interdisciplinarité, les EIG proposent plusieurs solutions :

  • organiser différemment les espaces de travail, afin d’en faire de véritables lieux de coopération (en faire des espaces modulaires) et permettre le travail « hors les murs » ;
  • installer plus de rituels collectifs au sein des équipes, afin de mieux partager les informations (réunions type « stand-ups », sessions d’entraide, formations pair-à-pair, etc.) ;
  • « fidéliser » les profils tech en leur proposant des parcours dans l’administration (il n’existe pas formellement de “grades” de type : datascientist junior / senior par exemple).

Être EIG, ce n’est pas seulement résoudre un défi technique, c’est aussi transmettre et apprendre des savoir-faire

Durant leur immersion dans l’administration et avec l’aide de leurs mentors, les EIG se transforment en de véritables médiateurs.

Quelques exemples de savoir-faire transmis (non exhaustif) :

  • formations SQL à la DREES ;
  • montée en compétences des directeurs de Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage sur l’utilisation de données ;
  • mise en place d’applications de datavisualisations via Shiny ;
  • mise en place de méthodes agiles pour gérer le projet Archifiltre.

Tableau wins-fails Restitutions de l’atelier Rétrospective EIG2

En tant qu’entrepreneurs, les EIG ont aussi dû se mettre eux-mêmes dans une posture d’apprentissage et de recherche :

  • sur les métiers de l’administration : archivistes, pompiers, sauveteurs en mers, artisans du Mobilier national, enquêteurs, commissaires aux restructuration et à la prévention des entreprises en difficultué, enseignants et pédagogues, etc ;
  • de compétences techniques : la présence de designers dans la promotion a été très bénéfique pour les projets de datascience ou de développement de plateformes. Plusieurs EIG ont aussi appris de nouveaux langages et utilisé de nouvelles technologies ;
  • de compétences entrepreneuriales : communication, facilitation, négociation, rédaction de notes, etc.

Pour une gestion de projet réussie et des défis aboutis, quelques recommandations méthodologiques pour les futurs EIG de la Promotion 3 : mieux cerner le besoin avec les mentors au démarrage du défi, faire davantage de recherche produit et utilisateur avant de se lancer dans la production, communiquer régulièrement au sein du service sur l’avancée du défi, solliciter davantage de retours des mentors et des utilisateurs.

Les plus grandes fiertés : des défis réussis et un collectif EIG soudé

Ouvrir les données d’accidentologie en mer, faire changer l’échelle de son projet, délivrer un produit utilisé par les agents du service, mettre en place un datalake qui sert de base à de nombreux projets, développer une application en partant de 0, faire pivoter le projet initial pour être au plus proche des besoins utilisateurs, réunir agents publics et wikimédiens pour enrichir une base de connaissance, … autant de petites victoires qui ont motivé les EIG tout au long de l’année et qui seront restituées dans quelques semaines.

En attendant, la fierté n°1 des EIG : le collectif. A travers les sessions d’accompagnement animées par l’équipe d’Etalab et les différentes “sessions off”, auto-organisées par les EIG volontaires (design et code review, interventions de grands témoins, etc.), la promotion des EIG s’est entraidée, a partagé des connaissances, et est même partie en bateau !

Ice-breaker hors les murs 1er jour du séminaire hors les murs, 1er challenge : former un chemin pour éviter de mettre pied à terre !