11 juin 2018 / de Antoine Augusti, EIG Prédisauvetage

Travailler avec des données d’exception et les rendre disponibles : retour d’expérience d’Antoine Augusti

Antoine Augusti, entrepreneur d’intérêt général pour le défi Prédisauvetage, nous parle des données qui l’ont motivé à postuler au programme. Et de la nécessité de les rendre disponibles pour mieux servir la société.

Antoine, jeune homme blond avec des lunettes, une polaire noire et un sac à dos pose devant un port Antoine Augusti, Entrepreneur d’intérêt général pour le défi Prédisauvetage. (© Antoine Augusti)

«Lorsque j’étais au lycée, j’ai choisi d’étudier l’informatique. J’ai choisi cette discpline parce que je la retrouvais dans une multitude de domaines. Pour moi qui souhaitais travailler sur des sujets variés, avoir une vie professionnelle riche en découvertes, c’était prometteur. Et je n’ai pas été déçu ! J’ai eu la chance de travailler dans les Télécoms, le financement participatif et la location de voiture. À chaque expérience j’ai pris un grand plaisir à comprendre le secteur, les personnes qui y travaillent, l’histoire et les problèmes à résoudre.

C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à rejoindre le programme Entrepreneur·e d’Intérêt Général (EIG) pour participer au défi Prédisauvetage. J’avais à coeur de servir l’intérêt général, mais je voulais également découvrir une mission qui ne peut être remplie, à une telle échelle, que par l’État : l’assistance et le secours aux biens et aux personnes en mer. Apprendre en continu, très bien, mais découvrir la fonction publique et des métiers spécifiques à l’État, c’est encore mieux ! En tant qu’ingénieur en informatique travaillant avec des données, j’étais également très enthousiaste à l’idée de travailler avec des données si particulières, loin des problématiques de bon nombre d’entreprises. Il y a quelque chose de galvanisant à manipuler des informations décrivant les opérations de secours, les moyens engagés par l’État pour aider des personnes et le bilan humain d’une intervention. Cela rend le travail incroyablement authentique et motivant.

Antoine pose avec Elsa devant un port. Lui porte un manteau noir et un gilet de sauvetage rouge. Elle porte une doudoune noire, une grosse écharpe écrue, un bonnet et un gilet de sauvetage rouge. Antoine Augusti et sa collègue Elsa Luneville lors d’une excursion en mer pour mieux appréhender leur terrain. (© Adrien Signorino)

Que ces données soient exploitées pendant dix mois dans le cadre d’un défi EIG me semble être un premier pas dans la bonne direction, mais avec Elsa Luneville, ma collègue, nous nous sommes rapidement rendus compte que ces données pouvaient avoir une utilité pour de nombreux autres acteurs : les professionnels du secours, les départements et préfectures, les fédérations d’usagers, les loueurs de matériel, les plaisanciers et pratiquants de loisirs nautiques, les journalistes… ou toute personne curieuse.

Tous ces acteurs du sauvetage en mer bénéficieraient de façon très concrète de l’open data. Dans le cadre de l’analyse de l’accidentologie en mer, l’open data permettrait d’avoir une vision complète des incidents en évitant la perte de données dans les circuits de remontée d’information. De plus, les données de l’assistance aux personnes et aux biens en mer peuvent faire l’objet de requêtes, d’analyses et de traitements si variés et si spécifiques qu’une instance centrale n’est pas en position d’anticiper tous les besoins. Quand le domaine est complexe et les acteurs nombreux, il nous paraît essentiel que l’État accompagne, informe et publie les données, sans pour autant centraliser la vision des usages possibles.

Le dépôt GitHub du défi Prédisauvetage : une page web avec plusieurs
dossiers Antoine et Elsa ouvrent leur travail en le mettant sur github.

Dans le cas du sauvetage en mer, l’open data nous apparaît comme étant la solution idéale. C’est en respectant l’obligation légale de diffuser ces données que l’État, et dans le cas du sauvetage en mer, le Ministère de la Transition écologique et solidaire, remplit au mieux sa mission. Il met en place et assure les conditions d’accessibilité aux informations dont il dispose en assurant la collecte, en mettant à disposition des informations pour comprendre les jeux de données et en diffusant les données brutes. Les réutilisateurs sont ensuite libres d’utiliser les données pour de multiples usages. De cette façon, l’État assure une transparence de son action et répond aux besoins des usagers sans pour autant fournir un service final, difficile à définir. L’open data est un vecteur d’innovation car les données publiques sont une ressource essentielle pour de nombreux innovateurs, assure une transparence de l’action menée par l’État et nourrit la participation citoyenne.

Nous y voyons également deux intérêts stratégiques. Premièrement, cela permettrait d’accroître la transparence dans le secteur de la mer soumis au poids de la tradition et des enjeux de l’armée. Deuxièmement, l’activité de secours à la personne est encore difficile d’accès. Il regroupe en France de nombreux acteurs qui gèrent des situations délicates ainsi que des données à caractère personnelle. Toute action en faveur de la communication et de l’ouverture des données des secteurs du maritime et des secours est essentielle pour ancrer dans l’avenir la volonté de transparence et de coopération.

C’est pourquoi au sein du défi Prédisauvetage et en collaboration avec Etalab, nous avons œuvré à l’ouverture des données SECMAR (secours maritime). Ce jeu de données contient toutes les données statistiques disponibles informatiquement sur les interventions d’assistance et de sauvetage coordonnées par les CROSS (Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage). Il renseigne, pour chaque opération d’assistance ou de secours coordonnée en eaux françaises :

  • quel était le motif d’intervention ;
  • quand, comment et par qui l’alerte a été donnée ;
  • le contexte météo et géographique de l’opération ;
  • quels flotteurs étaient impliqués ;
  • quels moyens aériens, nautiques ou terrestres ont été engagés ;
  • quel a été le bilan humain de l’opération.

Dans le cadre de notre défi Prédisauvetage, ces données sont une mine d’information cruciale pour dégager des tendances concernant l’accidentologie : comment évolue-t-elle dans le temps, quel est l’impact de la météo, quels motifs se répètent dans le temps, comment l’évolution réglementaire impacte les opérations etc.

Etalab a été un acteur incontournable pour nous accompagner à présenter l’intérêt d’une ouverture de ce jeu de données, l’open data et la réglementation associée ainsi que les possibilités offertes par une transparence accrue. Ceci a permis à notre direction de comprendre et s’approprier pleinement les raisons d’êtres d’une politique axée sur l’open data.

Le défi Prédisauvetage est une parfaite illustration de la nécessité d’ouvrir les données. Mais il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres ! Et c’est pour nous un enseignement crucial de l’aventure Entrepreneur·e d’Intérêt Général.