29 mai 2018 / de Tiphaine Phe-Neau, EIG Prévisecours

Pourquoi quitter son travail (1) et devenir Entrepreneur·e d’Intérêt Général (EIG)?

Tiphaine revient sur son parcours – de Dailymotion à Entrepreneur·e d’Intérêt Général - et nous raconte ce qui l’a poussée à s’engager dans le programme.

Une jeune femme se tient de trois-quart : elle a les cheveux noirs et longs, des lunettes et sourit légèrement. C'est le portrait de Tiphaine Tiphaine Phe-Neau, Entrepreneure d’intérêt général pour le défi Prévisecours

Pour être honnête, il y a 1000 raisons pour s’engager dans le programme Entrepreneur·e d’Intérêt Général et si vous interrogez chacun des entrepreneurs vous obtiendrez chaque fois une réponse différente. Dans cet article, je vais vous évoquer les raisons qui m’ont poussée à me lancer ou tout du moins mon cheminement de pensée.

Pour certains, la notion d’intérêt général est associée aux « travaux d’intérêt général », synonymes de punition. Mais lorsque j’expliquai au CTO(2) d’une entreprise française ce sur quoi je travaillais, il a été étonné de retrouver l’aura positive de l’intérêt général. Parce qu’à l’inverse d’une punition, l’Intérêt Général est littéralement l’intérêt de tous.

Alors pourquoi œuvrer pour l’Intérêt Général?

Tout le monde, EIG ou pas, a déjà été révolté contre un fait de notre société : une observation, une décision, une institution. Mais combien d’entre nous se sont dit que nous pouvions changer tout cela ? Sans être forcément passé par une grande école comme l’ENA, l’X ou un autre acronyme bien-vu ?(3) Est-ce seulement possible ? Oui, et pour moi, c’est l’essence du programme Entrepreneur·e d’Intérêt Général.

« Liberté, Egalité, Fraternité », c’est la devise française : nous sommes tous égaux, nous avons tous quelque chose d’intéressant à dire et à partager, que ce soit par nos parcours professionnels, nos chemins de vie ou notre ressenti personnel. Nous avons quelque chose à apporter à la société, que ce soit d’un point de vue “maker” (4) ou “utilisateur”.

Chacun, avec ses capacités propres, peut contribuer à améliorer notre société, et nous, en tant qu’EIG, le faisons avec ce que nous savons faire. Par exemple : quand je vois une distribution de ressources inefficace dans certains restaurants (oui, j’aime bien manger) je me mets automatiquement à optimiser le processus dans ma tête (bon, c’est peut être une déformation scientifique). Mais ne vous êtes-vous jamais dit que les choses se passeraient mieux si on les faisait différemment ? Ou si on pensait les problématiques autrement, selon de nouvelles façons de faire ? Ou, tout simplement, avez-vous déjà voulu aider d’autres personnes dans leur quotidien ?

Un autre exemple personnel : quand j’entends la sirène des pompiers, j’espère toujours que tout va bien se passer et que ce n’est rien de grave. Mais au-delà de cela et de passer mon brevet de secourisme, je ne peux pas faire beaucoup plus. Je suis incapable de transporter une personne ayant eu un malaise en pleine rue ou de gérer un incendie au milieu de la nuit. Mais en travaillant dans la tech et en me spécialisant dans la Data Science, j’ai acquis d’autres savoir-faire qui pourraient être utiles. A ma façon, peut-être moins directement qu’en étant sapeur-pompier, je peux améliorer le quotidien du citoyen.

Mais en quoi le programme EIG œuvre pour l’Intérêt Général ?

Tiphaine et Guillaume, discutent avec une personne qui est de dos Tiphaine et Guillaume, Entrepreneurs d’intérêt général pour le défi Prévisecours (© Liberté Living Lab)

Je travaille avec Guillaume Lancrenon sur le défi Prévisecours. Guillaume est développeur fullstack et vient du monde de l’entrepreneuriat, je suis data scientist avec un parcours dans le privé.

Ensemble, nous cherchons à aider les sapeurs-pompiers de l’Essonne. Leur besoin : mieux prévoir leurs opérations pour mieux s’y préparer et rendre un meilleur service aux citoyens.

Le travail en équipe est une réalité pour tous les défis EIG :

  • designers, chefs de projet, ingénieurs de tout niveau, genre ou âge (je vous laisse naviguer sur le site pour vous en rendre compte) travaillent ensemble au sein des défis, mais aussi entre défis, partageant leurs compétences avec les administrations hôtes et les autres EIG.
  • le travail d’équipe, les nombreux échanges et la culture du partage qui irrigue notre écosystème nous permettent à tous de mieux comprendre d’autres métiers (les sapeurs-pompiers pour Prévisecours) et d’autres spécialités du numérique (le design, la data science, l’administration système, la médiation voire la conduite de projet).

C’est aussi une façon de voir toutes les manières dont on peut s’engager pour aider le citoyen : les défis de la 2e promotion EIG vont de la création d’une plateforme de partage et d’agrégation des innovations sociales (SocialConnect) à la détection et soutien d’entreprises en difficulté (Signaux Faibles) en passant par un travail d’harmonisation sur les données de santé (LabSanté).

Le citoyen a parfois l’impression que l’administration se désincarne avec la numérisation et la centralisation des services. Mais quand nous intégrons un service pour 10 mois en tant qu’EIG, ce n’est pas l’Administration avec un grand A que nous rencontrons. Ce sont des gens comme vous et nous, avec leurs chemins de vie, leurs expériences et c’est avec eux que nous échangeons et que nous tentons d’améliorer ce qui nous a préalablement peiné ou révolté. Au cœur du programme EIG il y a la volonté d’aider l’administration et la société par des projets précis. Venir, aider comme on peut, ne pas entrer dans un jeu politique de construction et de déconstruction.

Nous sommes là pour une période courte, pour tenter d’apporter notre pierre à l’édifice, nos points de vue, nos façons de faire. Nous venons montrer des choses différentes, des parcours différents et en apprendre plus sur l’administration. L’Intérêt Général consiste simplement à aider la société, chacun à sa façon, petit à petit. Devenir EIG, c’est comme notre part du colibri.”

Au final, pour moi, la volonté principale d’un.e EIG est d’aider.

Notes de bas de page :

(1) Ou se mettre en disponibilité, bien évidemment.

(2) CTO (Chief Technical Officer) ou DT Directeur Technique.

(3) J’exagère sur ces traits car il y a de plus en plus d’initiatives égalitaires pour donner une chance à tout le monde. Et d’où cela vient-il? De personnes croyant à l’égalité de la société et tentant de changer les choses avec leurs connaissances et compétences et leur façon de penser. Un peu comme nous le faisons pendant 10 mois en tant qu’EIG.

(4) Concepteur en anglais.

Autour du programme EIG, d’autres initiatives font écho à ce sens de l’engagement et de l’innovation pour l’intérêt général. Découvrez par exemple Latitudes ou Data For Good. Plusieurs membres de ces collectifs sont d’ailleurs devenus EIG !